jeudi 23 février 2012

De l'incunable au Kindle


Dès mon arrivée dans la Grosse Pomme, en rencontrant de nombreux utilisateurs du Kindle, la liseuse électronique d'Amazon, j'ai tout de suite été séduite. Et quand j'ai un coup de coeur, que ce soit dans une boutique de vêtements ou un magasin d'électronique, je peux vous dire que je ne tarde pas à me procurer l'objet de mes convoitises (dans les limites du raisonnable bien sûr) avant qu'il ne devienne une obsession lancinante (j'entends encore mon cher papa me dire "tu peux danser sur ta tête" quand, petite, je n'obtenais pas ce que je désirais). Plus de danse à la renverse qui compte passé 30 piges, je me suis acheté la nouvelle version tactile du Kindle illico presto! 


Enchantée au début par cette expérience de lecture innovante, je commence après quelques mois d'utilisation à me poser quelques questions "métaphysiques". J'ai en effet l'impression de moins entrer dans l'intrigue d'un roman lu sur cette tablette, j'ai l'impression de moins m'approprier le livre en tournant ses pages électroniquement. Bien sûr, le Kindle offre de multiples avantages, il permet de stocker plus de 3000 bouquins (imaginez cela dans votre besace), est beaucoup plus fin et léger qu'un livre (pensez à la grosse brique de Ken Follet Les Pilliers de la terre, une horreur à trimbaler). Il n'en est, je ressens comme de la frustration, comme si le touché du papier me manquait. Peut-être est-ce dû au fait que je me dis qu'un roman doit se vivre, doit être malmené, emmené aux toilettes (ceci dit, faisable aussi avec un Kindle), lu dans son bain (moins résistante à l'eau la tablette) et qu'après quelques bonnes séances passionnées de lecture, l'ouvrage doit en avoir bavé et en exhiber fièrement les traces. Il n'y a qu'à voir l'état de mes guides touristiques,torturés quotidiennement (mais rafistolés avec amour!) pour s'en rendre compte (mince, je suis grillée, plus personne ne voudra me prêter de livres)

Guides touristiques en atelier de rafistolage.

J'avais déjà lu que la mémorisation était bouleversée par le Net, une autre étude semble confirmer mon ressenti, elle avance que l'on mémorise mieux un texte quand il est lu sur papier que sur tablette expliquant "nous entrons donc dans un usage très proche du web, c’est à dire que l’utilisateur ne lit pas, mais survole." La mort du papier? Je n'y crois pas!  Même s'il est primordial que les groupes de presse envisagent leur avenir numérique avec le plus grand sérieux en développant des applications pour iPad, iPhone et iMachin, je prendrai, personnellement, toujours autant de plaisir à tourner les pages d'un journal ou d'un magazine de mode. A l'origine, ce questionnement m'est venu en visitant la sublime Morgan Library. Au début des années 1900, John Pierpont Morgan, banquier notable, a installé sa bibliothèque et son bureau sur Madison Avenue dans un splendide édifice de style néo-Renaissance, cette bibliothèque est un véritable bijou avec son plafond peint de magnifiques fresques et ses multiples rangées de livres, sa collection d'incunables et ses enluminures du Moyen-Age, on peut même y voir un exemplaire de la Bible de Gutenberg de 1455 (il n'en reste que 50 dans le monde)! De quoi faire monter en moi une certaine nostalgie du papier face à ces livres richement décorés (certains de pierres précieuses) et reliés avec le plus grand soin. Et vous, vous préférez l'encre papier ou électronique ?
La fabuleuse Morgan Library.

* Et pourquoi pas un iPad ou un Kindle Fire, certains se demanderont? Car je refuse d'être connectée 24/24 7/7, ce que je crains fortement avec ce genre d'appareils (je n'irai pas jusqu'à parler de "gadget"). C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je n'ai pas encore succombé à la tentation (ou devrais-je dire la tyrannie?) de l'iPhone ici, de peur de devenir complètement "addicted". Ok, on en reparle dans quelques mois...

8 commentaires:

Syll a dit…

Ca fait plus d'un an et demi que je n'ai pas lu un livre papier et ça ne me manque pas: le kindle me convient tout à fait. Je n'ai pas la nostalgie du papier, et j'aprécie de lire un gros bouquin (genre 'Game of Thrones) d'une seule main.
Mon moment préféré c'est quand je termine un bouquin, que je vais dans ma wishlist et que je commande le bouquin qui me fait envie là, maintenant, pour le commencer quelques secondes plus tard: le pied!

Benj a dit…

Super le post!
Et je ne peux pas m'empêcher de penser que tu as tout à fait raison...

Litte Caro in Big Apple a dit…

@Syll: en effet, c'est plutôt confortable d'acheter un livre dans son canapé ou dans son lit au lieu d'attendre de passer à la librairie! Peut-être que la meilleure solution serait de continuer à m'acheter les livres papier qui me font de l'oeil et d'utiliser le Kindle pour mes déplacements,...l'idéal serait de recevoir une version numérique à l'achat de tout livre papier comme l'une de mes amies le suggérait c'est déjà le cas à l'achat d'un vinyle par exemple, quand on reçoit simultanément l'album numérique.
@benj: merci bien!

Jeanne a dit…

Super article! Je suis une grande consommatrice de livres et je ne pourrais jamais me passer du papier et d'étagères croulant sous les bouquins. Mais je dois avouer que le kindle pour mes déplacements c'est quand meme idéal. Et en ce moment je dois resteindre mes achats volumineux car le retour de New york dans 2 ans risquerait de faire très mal en excédents bagages!!! Par contre, ce que je regrette avec le kindle c'est qu'on perd le plaisir d'échanger ses livres avec ses amis. J'aime que les livres que j'ai aimés tournent (et me reviennent)!!!

Litte Caro in Big Apple a dit…

@Jeanne: c'est clair qu'il faut penser au retour et ne pas accumuler trop d'excédents bagages de toute sorte, je sens qu'on va quand même avoir des surprises en faisant les paquets! :-)

J'espère qu'après avoir lu mon post tu voudras encore bien me prêter tes livres, promis, j'en prendrai grand soin hihi :-)))

Noom' a dit…

Je possède également un Kindle depuis Noël, dont je combine l'utilisation à celle des livres bien "physiques" : j'ai grandi au milieu des vieilles éditions reliées en cuir de mes grand-parents, et le plaisir d'ouvrir le livre, de le toucher, de sentir son odeur est quelque chose d'irremplaçable.
Malgré tout, j'avoue que j'adore emporter ma liseuse dans le train pour y piocher quelques classiques par exemple (je reste quand même frileuse pour investir dans l'e-book, tant qu'à choisir je préfère m'encombrer !). C'est une invention qui facilite la vie sous certains aspects, mais dans la mesure du possible j'essaye de rester fidèle au papier.

Chantal Bastin a dit…

Hi Little Caro,

Tout d'abord, merci pour tous ces alléchants posts.

Question lire sur écran, pareil pour moi: j'assimile nettement moins bien les infos, je rentre moins dans l'ambiance de l'histoire, je retiens moins. Pour les lectures hyper importantes, je continue donc papier. Mais je suis de la "vieille" génération (55 ans), celle qui n'est pas née avec un ordi à la maison, celle qui a dû apprendre "tardivement" à s'en servir.

Au coin du feu, dans un moelleux divan, le papier reste mon maître achat. En voyage, l'e-book est LA solution pour d'évidentes raisons pratiques.

Et comme tu le suggères, demander aux éditeurs de fournir les deux versions pour le prix d'une est une excellente idée.

Quant à rester connectée 24/24: pas question. Quel bonheur d'être
juste avec soi-même de temps en temps dans ce monde si peuplé. Les
gens ont-ils tellement peur de rester rien qu'avec eux-mêmes ? Se
trouvent-ils si peu intéressants qu'ils doivent vivre par les autres ? Vaste débat...

Take care.

Little Caro in Big Apple a dit…

Et oui, je pense aussi que c'est une question de génération. Les personnes qui auront grandi avec un iPhone à la main ne prendront peut-être plus autant de plaisir à lire un bon roman papier,... le futur nous le dira! C'est dingue, à NYC, on a vraiment l'impression d'être quasiment obligé d'être connecté 24/24, 7/7! les nouvelles technologies vont nous rendre fous!:-)