mercredi 1 août 2012

Fifty Shades of Grey: la daube "porno" aux 30 millions d'exemplaires



Attention, je vous préviens, c'est du lourd, j'ai trouvé pire que Marc Levy et Guillaume Musso réunis, pire qu'un roman rose de la collection Harlequin: la trilogie 50 Shades de la Britannique E.L. James! Ce n'est pourtant pas dans mes habitudes de lire ce genre de littérature de kiosque, mais comme je suis de nature (très) curieuse, j'ai été fortement intriguée par le ramdam médiatique autour de cette saga dite "érotique". Ces bouquins dans la veine mommy porn (en gros: du porno soft destiné aux mères de famille bien sous tous rapports), ont déjà été écoulés à plus de 30 millions d'exemplaires de par le monde, surpassant la saga Harry Potter et le Da Vinci Code de Dan Brown. La trilogie Fifty Shadefait un tabac aux States, elle est #1 best-seller du New York Times depuis plusieurs semaines et si vous n'avez pas encore été contaminés en Belgique et en France, c'est parce que la traduction française n'est attendue que pour l'automne (Update: Doux Jésus! c'est ce 17 octobre et la traduction FR - lisez un extrait ici - est à pleurer!). Préparez-vous donc à un raz de marée médiatique et marketing! Eh non, je ne rajouterai pas "dans toutes les bonnes librairies du pays" car ce livre, c'est vraiment de la daube. Je ne mâche pas mes mots, son succès fulgurant m'est encore inexpliqué et aussi énigmatique que son personnage principal!

Un moment fort: Ana va découvrir la chambre de torture de Monsieur.
Mais de quoi s'agit-il plus précisément? Fifty Shades of Grey (suivi de 50 Shades Darker et 50 Shades Freed) est le premier tome d'une trilogie "érotique" écrite par Erika Leonard James (et le seul que je lirai d'ailleurs). Il narre la relation tourmentée entre la prude Anastasia Steele - mademoiselle est vierge à 21 ans - et le mystérieux et riche homme d'affaires Christian Grey, de quelques années son aîné. Monsieur est avide de pratiques sexuelles sado-maso et propose à Ana un contrat de Dominant-Dominé qui régira leurs ébats sexuels. Jusqu'ici, le bouquin n'a rien à envier à un bon vieux Harlequin, non, ce qui constitue son fond de commerce et attire le chaland, c'est que 50 Shades of Grey est une sorte de version salée de Twilight (là, j'aurais du vraiment me méfier!les histoires neuneus de vampires mises gentiment à la sauce sado maso, je souligne deux fois le gentiment car il n'y a vraiment pas de quoi faire rougir dans les foyers, on s'endormirait presque pendant les scènes 'hot'.


Côté style, si vous êtes adeptes de bonne littérature, je peux vous assurer que vous allez pleurer car le vocabulaire est très, très limité. Un peu de suspens tout de même: il faut attendre le chapitre 7, avant que la pudibonde Ana ne découvre la salle de torture de l'énigmatique Christian et que sortent de sa bouche de nombreux "Holy Fuck" (déclinés ensuite en "Holy Shit", "Holy Cow",... selon son étonnement plus ou moins prononcé). Les échanges de mails insipides entre les deux protagonistes et les répétitions vous feront bondir, Ana-cucul-la-praline, torturée sans cesse par sa gourde d'inner godess, roule des yeux et se mord les lèvres toutes les deux pages, ce qui a le don de fortement énerver émoustiller Christian, ce dernier so sexy and good looking (biss biss repetita) ne cesse d'éblouir Ana quand il enfile son-pantalon-en-flanelle-qui-lui-tombe-si-bien-sur-les-hanches et quand il-passe-sa-main-dans-ses-cheveux-ébouriffés. Pour continuer dans les gros clichés qui tachent, Christian aime jouer mélancoliquement du Bach sur le piano de son immense appartement après avoir flagellé sa petite oie blanche. Oh, so sad and romantic! (Lisez d'autres extraits affligeants du livre ici).

Le roman ne présente aucune trame narrative en bonne et due forme. Normal, E.L. James a commencé sa narration coquine sous forme de blog de fanfiction en 2011 en s'inspirant des personnages Bella et Edward de Twilight avant qu'un petit éditeur australien ne  compile ses histoires en livre en mars dernier, en changeant les noms et en laissant du coup peu de possibilités à une structure bien pensée et au développement plus poussé des personnages.




Ryan en Mister Grey, ça peut devenir intéressant!
Pourtant, malgré tous ces défauts, la saga fait sensation! A New York, des lectrices respectées de l'Upper East Side avouent que ce livre "a réveillé leur appétit sexuel".  La trilogie serait même à l'origine d'un baby- boom! Des boutiques coquines proposent des produits inspirés du roman. Chez Babe Land sur Mercer Street, on peut trouver une gamme de produits “bondage“ inspirés par 50 Shades. Des biographies non autorisées du personnage principal sont aussi dans les cartons et un compagnon de lecture est déjà en vente (mais pour quoi faire bon dieu?). On continue dans le non-sens: plusieurs réalisateurs se sont déjà portés candidats pour l'adaptation au cinéma de la trilogie et pas n'importe qui, visez plutôt: le roi du trash, Bret Easton Ellis. Son tweet a ce sujet n'a d'ailleurs pas été pris au sérieux dans un premier temps, avant qu'il n'ajoute: "ce n'est pas une blague, Christian Grey et Ana ont de gros potentiels cinématographiques." Les producteurs du très bon The Social Network sont aussi sur la balle et on parle d'Emma Watson et pour pousser l'absurde encore plus loin de Kristen Stewart (oui, la Bella de Twilight!) dans le rôle d'Ana tandis que le nom de Ryan Gosling circule pour incarner le sadique Christian Grey, mmmh, là, ça devient peut-être un peu plus intéressant,...

Si après avoir lu mon post, vous décidez de quand même vous plonger dans cette romance épicée pour mémères en manque de sensations et cela, sans vous taper la gène et vous attirer les regards éhontés de votre voisin de banquette de train/métro, je ne peux que vous conseiller de le télécharger sur Kindle ou iPad, vous pourrez ainsi vous délecter discrètement de ce que je qualifierai de bullshit erotic literature et cela à moindres frais (7 dollars au lieu de 16). D'ailleurs, plus d'1 million de 50 Shades ont déjà été téléchargés de cette manière (et parmi eux, mon exemplaire) une partie du succès de cette trilogie à quatre sous serait donc un peu résolu par la prolifération de sa version virtuelle...Les éditeurs numériques ont bien saisi le potentiel de cette niche littéraire et les romans érotiques sur liseuse numérique semblent avoir de beaux jours devant eux. Pour conclure, je vous laisse sur cette petite vidéo humoristique qui résume bien l'ampleur du désastre. 


Fifty Shades of Grey, E.L. James, Vintage Books, 2011.

10 commentaires:

CarnetsdeSeattle a dit…

Putain, du sous twilight... Ca doit envoyer du steak!

Madeleine a dit…

Pas tendre notre critique littéraire mais je lui fais confiance so I won't buy it, déjà Musso et Lévy me font fuir alors si ceci est pire , pfff!

Jeanne a dit…

hihi!! tu m'as bien fait marrer T'y vas pas par le dos de la cuillère!!! Heureusement je n'étais pas tentée par ce roman de gare!

La Rimule a dit…

Ça a l'air affligeant en effet... Et je crois que tu donnes toi-même la clef du succès de bouquins aussi pourris : un raz de marée médiatique et marketing... Ça laisse songeur.

Mon Oeil NY a dit…

Merci Caro d'avoir mis des mots sur mes pensées... Non que je l'ai lu, (promis), mais des lectures de commentaires à droite à gauche (et mon intuition toute feminine..) me confirment ce que tu dis! Tu nous trouves autre chose?
:)

Little Caro in Big Apple a dit…

je suis contente que ma mission atteigne ses objectifs: préserver les lecteurs de mon blog de cette horrible daube qui arrive en France/Belgique ce mois-ci, je sens qu'on va encore en entendre parler! Mais ne t'inquiète pas, j'ai prévu de vous dévoiler une petite liste de lecture de meilleure qualité très prochainement! :-)

Sophia Carlo a dit…

Ca confirme mon début de lecture en anglais : c'est plat et plein de tics de langage (pourtant mon anglais est très moyen). Par contre j'ai eu l'occasion de lire la parodie "50 nuisances de glauque" (en français cette fois !) et même si ça n'a rien de coquin, j'ai bien rigolé !

Little Caro in Big Apple a dit…

tiens, je ne connaissais pas cette parodie! intéressant!

Les Licornes a dit…

Pour 50 nuances de Grey , on peut au moins essayer d’avoir un avis … nuancé !
Certes c’est un peu cul cul la praline, mais l’idée reste amusante et la narration très vivante.

L’avis d’amateur de claques sur les fesses et autres joyeusetés fétish à découvrir par ici : http://www.lantichambre.fr/histoire-da/cinquante-nuances-de-grey-fifty-shades-of-grey/

juliebellaicheny a dit…

Moi je l'ai lu en anglais et je dois dire que le seul effet bénéfique que j'ai tiré de cette lecture est le développement d'un nouveau champ de vocabulaire jamais utilise ou appris jusque la! Donc merci Ana et Christian! J'ai hate de ressortir dans ma prochaine conversation mondaine: menottes, fouets, chaines...pfff non en fait ce livre ne sert vraiment a rien! Bravo pour cette description si lucide!!