dimanche 25 novembre 2012

Edward Hopper ou la sublimation de la banalité



Nighthawks, 1942,The Art Institute of Chicago, Friends of American Art Collection.
De tous les peintres, l'Américain Edward Hopper (1882-1967) est résolument mon préféré, il n'est presque plus nécessaire de présenter cet artiste tant ses oeuvres sont inscrites dans l'inconscient collectif.  A l'âge de 10 ans, quand mes parents m'avaient emmenée au Musée d'Orsay à Paris, j'étais tombée sous le charme des impressionnistes français que sont Pissarro, Monet, Renoir, Manet, Sisley, Degas, Cézanne, Caillebotte,...épatée tour à tour par la délicatesse et la fougue de leurs coups de pinceau. En vieillissant grandissant, mes goûts ont évolué, j'apprécie encore énormément les toiles impressionnistes - avec un penchant pour le courant néo-impressionniste dont fait partie ce magnifique tableau pointilliste de Seurat Un dimanche après-midi à l'Île de la Grande Jatte que j'ai eu la joie d'admirer à l'Art Institute de Chicago cet été - mais mon plus gros coup de coeur va à Edward Hopper. Je l'ai découvert il y a une dizaine d'années lors d'une première visite au MET et j'avais à l'époque été fascinée par une de ses maisons en bois surplombant une plage déserte de la Nouvelle-Angleterre.

The Lighthouse at two Lights. Metropolitan Museum of Art, NY

Il émanait de cette demeure peinte lors d'une magnifique journée d'été une atmosphère pesante et remplie de solitude, ambiance qu'Hopper se plaira à reproduire, à la campagne comme à la ville. Son plus célèbre tableau, Nighthawks (ci-dessus), qui représente un bar de Greenwich Village à New York à la nuit tombée, dépeint d'ailleurs merveilleusement bien la solitude et l'esseulement que l'on peut ressentir dans une mégapole de plus de 10 millions d'habitants. Etre seul mais dans l'agitation, seul mais entouré de millions d'âmes, un sentiment que de nombreux expatriés ressentent, à des degrés variables, tout au long de leur séjour. Ce que j'apprécie énormément chez Hopper, c'est qu'il se situe à la croisée de nombreux genres qu'il traverse, transgresse même, passant ainsi d'une scène impressionniste où il tente tant bien que mal de capturer la lumière (sa quête infinie) à une scène (sur)réaliste montrant un immeuble au crépuscule (House at Dusk) qui n'est pas sans rappeler les cieux tourmentés de notre compatriote Magritte. A la fin de sa vie, Hopper en vient même à des compositions abstraites comme cette chambre totalement vide illuminée d'un rayon de soleil.

Sun in an Empty Room, 1963.

J'ai eu la chance lors de mon séjour à NYC d'admirer nombre de ses toiles, au MoMA, au MET et surtout, au Whitney Museum qui détient une grande partie de sa production (plus de 2000 oeuvres léguées par son épouse Jo, sa muse tout au long de sa  vie), je ne pouvais donc rater la rétrospective que lui consacrait le Grand Palais à Paris. Et je ne fus pas déçue car j'y ai retrouvé le coeur battant, parmi 168 de ses oeuvres réunies, l'hypnotisant Nighthawks ainsi que d'autres toiles vue au Whitney Museum, mais j'ai aussi découvert l'évolution artistique de celui que ses camarades de classe surnommaient Grasshopper (la sauterelle) de par sa grande taille et que je connaissais, au final, assez mal. 


House by the Raiload, l'inspiration d'Hitchcock dans Psychose.
Hopper, lors de séjours à Paris apprend ainsi à apprécier la douceur de vivre française et les flâneries aux terrasses des bistrots impensables dans une ville speedée comme NY, il s'en détachera par après car pour lui, "Paris est trop ordonnée par rapport au désordre de NYC". Pourtant, il ne montrera jamais la foule et ce chaos, préférant exhiber la solitude des grandes villes américaines. Il plaide pour une esthétisation de l'ordinaire et met à l'honneur des sujets on ne peut plus domestiques, devenant au fur et à mesure le représentant de la banalité du quotidien d'une Amérique désabusée. Ses sujets sont variés mais récurrents telles ses nombreuses maisons en bois à l'architecture vide, souvent en bord de mer ou de voie ferrée, des demeures presque fantomatiques comme cette House by the Rail Road qui a inspiré Hitchcock pour son film Psychose. Hopper représente aussi une femme seule et mystérieuse dans une chambre d'hôtel, ou deux autres qui discutent autour d'un café,

Chop Suey, 1929.
Collection de Barney A. Ebsworth © Collection particulière
des scènes de la vie de bureau dont s'est grandement inspirée  la série Mad Men, une version moderne et moins connue de la dentellière de Vermeer (dont on peut admirer l'original au Louvre), un couple  dont on devine l'ennui ou encore une vision indolore et décalée du Manhattan Bridge qui ne laisse dévoiler aucun gratte-ciel de la ville mais seulement la brutalité de ses alentours industriels...J'aime aussi particulièrement sa vision de cette rue de Brooklyn et du Williamsburg Bridge, dont je vous parlais dernièrement sur ce blog. Je ne peux que vous recommander cette rétrospective exceptionnelle, et si vous n'avez pas l'occasion de vous déplacer à Paris, vous pouvez toujours télécharger l'application iPad dédiée au parcours du peintre illustré de ses toiles ou encore, visionner ses tableaux via ce diaporama photos.

Office at Night, 1940, Walker Art Center (Minneapolis)
Rétrospective Edward Hopper au Grand Palais à Paris, jusqu'au 28 janvier 2013.

dimanche 18 novembre 2012

La ville de tous les ponts


Avant de quitter New York, je voulais absolument (re)traverser un de ses ponts mythiques dont les impressionnantes structures offrent des vues à couper le souffle sur la skyline de la ville. Les ponts de New York, la plupart centenaires, font partie intégrante de son histoire et leur construction émaillée de 1001 anecdotes - des faits joyeux au plus tragiques - est passionnante. L'arrivée à Manhattan après avoir parcouru tout le Brooklyn Bridge est pour moi un must d'une visite à Big Apple, que ce soit en plein hiver ou en plein été, de jour, comme de nuit. Je l'ai traversé de nombreuses fois lors de mon séjour, seule, accompagnée d'amis ou de la famille et je ne m'en lasserai jamais.
On avait déjà traversé son voisin, le Manhattan Bridge, je l'avais trouvé moins impressionnant car le passage réservé aux piétons donne sur l'East River et la vue sur les gratte-ciel de Lower Manhattan est obstruée. Je trouve le Queensboro Bridge magnifique (il apparaît d'ailleurs très bien dans le dernier Batman) mais il est très long à traverser à pied. On avait aussi déjà à plusieurs reprises pris le Pulaski bridge pour passer du Queens à Greenpoint, et c'est pour moi, l'une des vues les plus insolites sur la skyline de Manhattan, avec le canal en avant-plan.
Vue du Pulaski Bridge.
Juste avant notre départ, pour varier les plaisirs, on a décidé de parcourir le Williamsburg Bridge, après avoir englouti quelques dumplings et un délicieux bubble tea dans le Chinatown tout proche, situé au pied du pont. Il nous fallait bien cela pour marcher le petit kilomètre et demi qui sépare le Lower East Side de Manhattan au quartier juif ultra-orthodoxe de South Williamsburg, sur la rive brooklynite. 
Entrée du pont dans le Lower East Side (Delancey Street)
Ce pont est assez spécial car tout au long du trajet, on se retrouve "enfermé" dans une cage qui entoure la passerelle pour piétons, la vue sur la ville n'est donc pas des plus dégagées. La promenade est aussi rythmée par les trains de la ligne J, M et Z qui défilent en contrebas. La structure du pont est tout de même impressionnante et l'arrivée sur Brooklyn se fait dans une zone de bâtiments désaffectés décorés de graffitis. Une petite promenade dans le quartier où s'est installée l'une des plus grandes communautés de Juifs hassidiques au monde après la guerre, nous a fait retourner 50 ans en arrière. Cette communautée de Juifs utra-orthodoxes est prise en tampon entre deux quartiers d'ultra-hipsters, à savoir North Williamsburg et Greenpoint, le contraste de style est assez cocasse ! En résumé, je vous conseille cette traversée qui sort un peu des sentiers battus et qui vous fera découvrir un quartier assez original de Brooklyn et ses habitants.
Notre lovelock.
Vue sur la Freedom Tower/WTC1.
Arrivée à South Williamsburg.

mardi 6 novembre 2012

Série Expert(e) Local(e) (I): les bons plans de Curiosités et Futilités


Sandy, c'est (presque) fini, et c'est tant mieux car il est grand temps que Manhattan, Brooklyn et les autres boroughs touchés par cet impitoyable ouragan reprennent le cours normal de leur vie, que toutes leurs bonnes petites adresses rouvrent leurs portes, que leurs parcs s'offrent à nouveau aux promeneurs accompagnés de leurs enfants et/ou chiens et que le subway relie à nouveau les berges de l'East Side et la patrie des hipsters, Williamsburg. La réélection d'Obama ce mardi 6 novembre est déjà une excellente nouvelle, il a réussi à euphoriser la Grosse Pomme de Harlem à Times Square!

L'enquête à laquelle j'ai répondu récemment pour le site Airbnb m'a donné l'idée de poser les mêmes questions à d'autres blogueurs/ses new-yorkais(es). J'ai ainsi le plaisir d'inaugurer cette série baptisée "Expert(e) Local(e)" avec le blog gourmand et vadrouillard Curiosités et Futilités tenu par Jeanne. Je vous conseille de prendre des notes car toutes ses adresses, vous ne les retrouverez pas dans le Routard! N'hésitez pas à cliquer sur les liens et à en apprendre plus sur son blog qui recèle également de très bons tuyaux sur Paris où cette blogueuse originaire des Vosges a vécu une dizaine d'année. Allez, à vos bookmarks!

1. Which neighborhood are you representing?
Morningside Heigths (Columbia University)

2. Best place in the city to escape the city?
Green-wood cemetery

3. Best place to discover a band before they go mainstream?
Music Hall of Williamsburg

4. Best place to ogle over new artworks?
Galery District, Chelsea

5. Best place to set sail to explore NYC’s waterways?
East River Ferry between Dumbo and Greenpoint

6. Best NYC architectural gem?
The High Line

7. Best place to lend a hand, give an hour, or donate dollars to
NY Subway

8. Best bar for a specialty cocktail with 6 ingredients or more
Amor y Amargo

9. Best place to witness or participate in a spontaneous adventure
Washington Square Park

10. Best place to people watch
Lincoln Center during Fashion Week

11. Best place to get your creative juices flowing
Flea market in Brooklyn

12. Best place you’d rather keep a secret (but will share just this once)
Some places in Greenpoint like Lobster Joint or Milk and Roses


13. Best place to get a taste of old New York
Tompkins Park to remember the NY in the 70-80's

15. Best brunch spot worth waiting around the block for
Roberta's

16. Best place for fun on a zero budget
Governors Island during summertime

17. Best place to get a taste from your or your neighbor’s homeland
Bakery Kaiser

18. Best meal under $10
Fried Dumplings and Sesame pancake at Prosperity Dumplings

La prochaine "experte locale" à nous refiler ses bons tuyaux sera MyBigAppleCity aussi connue en tant que TheQueenette! Stay tuned!

jeudi 1 novembre 2012

Impitoyable Sandy

Photo du site Brooklyn Daily Eagle
Elle en aura fait des dégâts sur son passage cette Sandy, tempête - que dis-je, ouragan! - d'une violence extrême, qui a frappé l'état de New York et le New Jersey de plein fouet, faisant des dizaines de victimes et de nombreux dégâts. Je dois bien vous dire que j'ai été retournée cette semaine par ce qui s'est passé dans cette ville qui m'est si familière. Lundi soir, tout d'abord, j'ai suivi heure par heure, l'arrivée progressive de Sandy sur la ville via les updates Facebook de mes contacts sur place. Autant vous dire qu'à la lecture des messages peu rassurants - certaines personnes disaient que les vitres de leur appartement allaient presque exploser avec les très fortes rafales de vent, d'autres que la lumière vacillait - j'ai assez mal dormi, m'imaginant le pire au réveil après cette nuit d'angoisse. Et mardi matin, en découvrant les dégâts occasionnés par Sandy lors de son passage nocturne, j'ai été particulièrement effarée. Tout Downtown sans électricité ni eau et chauffage, des voitures englouties, des bateaux retournés, des vitres explosées,...Le carrousel de Jean Nouvel situé à Dumbo (Brooklyn) a été complètement encerclé par les eaux de l'East River (voir photo ci-dessus), il semblait presque à la dérive, comme dans un mauvais rêve d'une histoire fantastique,...Le métro, véritable gruyère souterrain a été en grande partie inondé paralysant les habitants bloqués, la plupart, chez eux plus de 48 heures avec leurs enfants surexcités (les écoles étaient fermées). Certains ironisent à la vue de la carte ci-dessous que le métro est maintenant bien plus simple à comprendre avec toutes ces lignes hors service, c'est clair, autant garder son sens de l'humour dans de telles circonstances.

Mais surtout, au niveau humain, et c'est là le plus tragique, Sandy a mis de nombreux citoyens en grande détresse comme ces bébés de néo-natalité qui ont du être transférés en urgence dans un autre hôpital car celui où ils étaient soignés avait ses générateurs en rade, ces personnes de Brooklyn écrasées par un arbre, ce petit garçon de deux ans dont on vient de retrouver le corps sur Staten Island ou encore ces familles du Queens éplorées en voyant leur maison partir en fumée. Découvrir au fil de la journée des photos de tous ces endroits familiers touchés de la sorte m'a bouleversée, que ce soit ce pier de l'Hudson, où j'allais suivre des cours de Pilates ravagé par la montée des eaux, les beaux arbres de Morningside et de Riverside Park complètement déracinés, tout comme le bas de la ville et Greepoint où j'avais l'habitude de me balader.

Les expatriés dont j'avais fait la connaissance là-bas rassurent leurs amis et leur famille (je n'ose imaginer l'angoisse de nos parents si on avait encore été à NY à l'heure actuelle) d'un "Tout va bien ici dans l'Upper West Side, bloqués à la maison mais pas de dégâts" à "On a plus d'électricité, la pâtisserie est fermée, on ne sait pas combien de temps cela va durer". Sur la page FB d'Hoboken, ville située juste en face de Manhattan dans le New Jersey et fortement touchée par la montée des eaux, les autorités municipales font régulièrement appel aux dons et aux volontaires, des messages de réconfort et de soutien mutuels sont relayés sur le réseau social qui sert, tout comme Twitter dans ce genre de catastrophe, de formidable moyen de communication. Ainsi, une dame vivant en Californie s'inquiète de sa mère diabétique de 73 ans bloquée dans son appartement et qu'elle n'arrive plus à joindre, sa panique est palpable à des kilomètres de distance, elle sera rassurée par un citoyen d'Hoboken qui se portera volontaire pour aller rendre visite à la personne âgée.

A l'heure du bilan des dégâts, New York se réveille groggySandy aura frappé en pleine période d'Halloween pour transformer Big Apple en une vraie ville fantôme - le bas de la ville en dessous de la 34ème rue a d'ailleurs vite été rebaptisé "Ghost City" ou "The Dark Territory" - je suis pourtant persuadée qu'elle pansera vite ses plaies, car comme elle l'a déjà démontré après le 11 septembre, ce qui ne la tue pas la rend plus forte. Je termine en rajoutant que si New York est une ville à la forte aura médiatique, et sans minimiser les dommages que Sandy y a causés, il ne faut pas non plus oublier que l'île d'Haiti a aussi été frappée durement la semaine dernière par cet évènement climatique dévastateur et que là-bas, de nombreuses personnes, déjà fortement désoeuvrées par le tremblement de terre de 2010, ont encore subi les dures lois de la Nature. On parle d'une nouvelle catastrophe humanitaire avec 200 000 personnes sinistrées. 

Et parce que les Américains ont bien raison de garder leur sens de l'humour même dans les pires circonstances, je clôture ce post par ma photo de détournement de Sandy préférée même si je n'aime pas trop comparer cet ouragan meurtrier à un chat féroce :-) (d'autres  photos ici).