vendredi 17 octobre 2014

Revue de lecture automnale avec du Jonathan Coe, du Claire Messud et duGrégoire Delacourt

Ma maintenant traditionnelle et tant attendue (ou pas !?) revue de romans à dévorer au coin du feu est de retour. Je vous propose 5 romans au style et au format varié. Faites votre choix pour les longues soirées d'hiver qui se pointent...

Un thriller américain plein de rebondissements ("bristling with suspense" comme l'annonce la reine du polar Patricia Cornwell sur la couverture), une lecture haletante mais un peu tirée par les cheveux et qui n'évite pas les gros clichés de série B d'espionnage mettant en rivalité agents du CIA et du FBI, pour pas changer. J'ai toutefois bien apprécié les anecdotes de l'auteur sur sa vie quotidienne au Luxembourg ainsi que sa vision de l'Europe en tant qu'expatrié américain vu que c'est l'inverse que j'ai vécu aux States. Il met aussi en scène une desperate housewife qui a suivi son mari parti travailler à l'étranger. Là, à part le statut de femme au foyer avec deux enfants, je me suis plutôt bien reconnue dans la situation de l'héroïne principale, qui passe sa journée à faire du shopping et à boire des cafés (et autres boissons moins softs) avec les autres mères expats mais qui déprime aussi d'avoir quitté son job et de ne pas parvenir a donné un sens à sa nouvelle vie jusqu'a ce que...bon, ça, je vous laisse le découvrir par vous même. (En vf, tout simplement, Les Expats).

La Liste de Mes envies et La Première Chose qu'on Regarde, Grégoire Delacourt 

D'ordinaire, je n'ai pas la tendance à aller piocher dans les têtes de gondole des supermarchés ou Marc Lévy fait le beau. Pourtant, j'ai lu deux livres de l'auteur à succès français Grégoire Delacourt dernièrement (le premier est maintenant aussi adapté au cinéma). Ils on l'avantage d'être très faciles à lire car ne comptant pas plus de 200 pages. Au sujet de l'auteur, les avis divergent, les Inrocks par exemple (même si j'en conviens, ce n'est pas la référence ultime en critique littéraire) le massacrent. Et Scarlett Johansson herself, l'actrice dont s'inspire directement Delacourt dans son histoire lui a carrément collé un procès, pour, je cite, "violation et exploitation frauduleuse des droits de la personnalité", ce qui a eu pour effet bénéfique de lui donner une grande visibilité médiatique. Pour ma part, j'ai assez bien accroché au style très particulier de Delacourt et à sa description des petits faits de la vie de tous les jours, navigant entre des personnages déjà rencontrés précédemment dans un bouquin comme L'élégance du Hérisson et offrant une atmosphère mi-réaliste - voire surréaliste - mi-fantaisiste à la Amélie Poulain. Certains diront qu'il se moque effrontément de nos travers et que ses histoires sont une immense injure à la vie des petites gens provinciaux, se moquant par la même occasion pernicieusement de son lecteur. Eh bien moi, je leur trouve beaucoup de poésie et de charme, à condition de ne pas les prendre au premier degré. À vous de vous faire votre avis maintenant. Son nouveau roman On ne voyait que le bonheur est en tout cas déjà sur ma table de chevet et j'espère que sa trame sera plus ambitieuse que son titre bateau...verdict bientôt!


De Claire Messud, j'avais adoré The Emperor's Children sur la génération désenchantée post-11/09 vivant à New York. Ce roman-ci est d'un tout autre genre, plus dans le style stream of consciousness dont la prêtresse est Virginia Woolf. Il offre un voyage introspectif dans la tête d'une enseignante célibataire de Boston qui, à l'approche de la quarantaine, se voit envoûter par la mère d'un de ses petits écoliers, se rattachant à sa famille comme une bouée dans le désespoir de sa middle life crisis. L'héroïne est intrigante et l'histoire, subtilement allétante avec un climax plutôt inattendu. Et Bingo! Ce roman vient de sortir en français et s'intitule tout simplement La Femme d'en Haut. (Lisez aussi la très bonne review de Focus.be)

Jonathan Coe est dans la liste de mes auteurs préférés depuis que j'ai dévoré les très bons The Terrible Privacy of Maxwell Sim, The House of Sleep ou encore, les plus politiques The Rotters Club et The Closed Circle dans lesquels il dépeint à merveille l'Angleterre moderne. Ici, tout autre sujet et géographie, direction l'expo 58 avec Thomas Foley, jeune père envoyé en mission à Bruxelles pour 6 mois afin de superviser le Britannia, le pub britannique sur le site de l'exposition universelle. Dans ce carrefour des civilisations, on croise de jolies hôtesses sur fond de small talks de comptoir et de soirées imbibées de bières allemandes. Si le style de l'auteur anglais est radicalement différent de celui de ses fables politiques précédentes -  grosse déception d'ailleurs sur ce point pour la Fan que je suis - on lit plutôt Expo 58 pour ses références à notre plat pays, souvent très cocasses. On se gausse de ce que les Anglais peuvent bien penser de nous - "Non mais quels emmerdeurs ces Belges!", lit-on dès les premières pages - et d'un patelin comme Wemmel ou Wijgmaal. On se plait aussi à s'imaginer le plateau du Heysel au temps de sa splendeur et à se téléporter à la fin des fifties, au temps de la Belgique Joyeuse mais aussi aux prémisses de la guerre froide et d'un débat fiévreux sur la fusion nucléaire et son utilisation militaire. Au final, c'est une histoire plutôt facile à l'image du personnage principal que nous propose Coe dans un genre assez naïf qui navigue entre le roman d'espionnage parodique et le vaudeville à la limite du grotesque. Sans vous spoiler l'intrigue, le meilleur est pour la fin, et ce n'est qu'au dernier chapitre que j'ai finalement retrouvé le style touchant propre à Coe et qui me plait tant. Last but not least, donc pour un livre certes très plaisant mais qui n'occupera pas une place très importante dans la bibliothèque à part pour sa belle couverture rétro colorée. (En vf, même titre).

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