vendredi 13 février 2015

Benjamin Wood et Le Complexe d'Eden Bellwether, un bon premier roman mais...


A la rédaction, je travaille aussi sur l'actualité littéraire, ce qui me place en première ligne pour repérer les nouveaux romans et essais prometteurs, que je m’empresse par la suite de dévorer, une fois ma sélection finement réalisée. Je suis en effet très sélective, car je ne dispose que de plages horaires très limitées pour m'adonner à la lecture (en gros, le matin dans le train et le soir quelques pages avant de sombrer dans le sommeil). Ces pauses littéraires sont salvatrices pour mon équilibre mental dans mon emploi du temps surchargé, elles représentent de véritables bulles de zénitude dans lesquelles je me réfugie.

A la rentrée de septembre, j’avais repéré le premier roman prometteur d’un certain Benjamin Wood, jeune auteur britannique d’une vingtaine d’années, qui sortait en français sous le titre Le Complexe d'Eden Bellwether. J’ai préféré commander la VO – The Bellwether Revivals - et j’ai attendu quelques semaines que mon petit colis traverse la Manche pour me plonger dans cette intrigue inédite qui part de l’idée que les compositeurs de musique baroque auraient "le pouvoir d'affecter et de manipuler (les) émotions, (les) passions", voire même de guérir les plaies ou des maladies plus graves. C’est ce que pense l’arrogant Eden Bellwether, un étudiant de Cambridge  organiste assistant à la chapelle du King's College qui va piéger dans son escarcelle le jeune aide-soignant Oscar Lowe, hypnotisé par la musique jouée par le virtuose lors d’un office de messe. Oscar tombe amoureux de la sœur d’Eden et intègre leur cercle familial avec ses traditions codées, s’ensuit une intrigue assez palpitante mettant en relation un mystérieux psychologue spécialisé dans les personnalités narcissiques.

Mon humble avis ? Oui, c’est un bon thriller psychologique sur fond d'histoire amoureuse qui m’a tenue en haleine assez rapidement. Mais, il y a plusieurs "mais". Tout d’abord, l’amourette entre Oscar et la sœur d’Eden, Iris, m’a irritée par son côté neuneu, très fleurs bleues. Le clan formé par les Bellwether et leurs amis m'a fait penser à certains moments à la symbiose vécue par les vampires de la saga Twilight. Pas la référence la plus reluisante. Au niveau de l’intrigue, certains passages font carrément du sur-place avec des répétitions et des descriptions inutiles, Benjamin Wood a encore du travail de cisèlement de ses textes (allez, je critique, je critique, mais je serais incapable d'écrire le quart de la moitié). A part ces détails qui ne gâchent en rien l’expérience de lecture je vous rassure, j’ai beaucoup apprécié l’ambiance 100% British autour de ces personnages évoluant à Cambridge. L’histoire est surprenante de rebondissements, heureusement, et pour finir, on se laisse bluffer et même émouvoir par son dénouement. 

Je pense que j’ai aussi été un peu déçue par ce roman, car j’en avais lu des critiques dithyrambiques (avec des références à Gone Girl alors que l'histoire n'a pas grand chose à voir avec le thriller de Gillian Flynn), des éloges certes justifiées pour un premier roman mais un rien exagérées tout de même. Je sortais aussi de la fantastique atmosphère cotonneuse des histoires de cheminement post-ados dans laquelle m’avait plongée Jeffrey Eugenides avec son best-seller The Marriage Plot et je pense que c’est une grosse erreur que d’avoir sauté d’un roman à l’autre sans décanter de la prose de génie du romancier américain auréolé du prestigieux prix Pulitzer en 2003. Car entre un premier roman, certes très réussi, et un Pulitzer, y’a quand même un (grand) fossé. Je vous conseille d’ailleurs au passage la lecture de The Marriage Plot (en VF : Le Roman du Mariage), un chef-d’œuvre qui m’a rappelé un autre excellent bouquin qui figure dans mon top 10 : One Day de David Nicholls.